REV- Conférence de février 2018

REV-Conférence février 2018

Présentation

L’idée principale qui anime le texte s’articule autour d’une réflexion sur les implications esthétiques, philosophiques, poétiques et politiques de la performance qui donne à comprendre le caractère subversif d’une poésie en acte.

Le projet de ce travail est d’abord né d’un constat : celui d’une méconnaissance, assez répandue, des pratiques performatives au sein de l’art contemporain souvent confondues avec des formes spectaculaires d’animation comme l’art de rue. Il vise donc, en premier lieu, à circonscrire la performance – ou l’art d’action – dans le champ de sa spécificité pour autant qu’on puisse en délimiter l’espace propre en comparaison avec les autres démarches contemporaines. Pour cela, nous avons cherché à mettre en évidence son positionnement théorique et à développer une analyse de sa singularité artistique à travers un questionnement de ses modalités.

Ce qui a guidé notre lecture du phénomène repose sur le postulat d’une certaine communauté d’esprit avec la philosophie cynique de Diogène de Sinope qui, à ce titre, représente, selon le mot de Thomas McEvilley, le « saint patron » de l’art d’action. Bien plus qu’une simple proximité d’attitude ou une quelconque filiation historique, il s’agit en réalité de comprendre qu’une analogie peut être établie entre la position qu’occupe la philosophie cynique au sein de l’histoire de la philosophie et la performance dans le champ historique de l’art. Cette place, considérée en général comme mineure ou décalée, garantit à la performance une position d’étalon de par l’authenticité du geste qu’elle revendique et la rupture qu’elle instaure eu égard aux diktats du marché de l’art tourné vers le prestige et la distinction.

Autrement dit, sa situation marginale témoigne, selon nous, d’une forme affirmée de fidélité à l’impulsion première à l’origine de toute démarche artistique. Sa nécessité procède de l’actualisation d’une liberté qui cherche à s’affranchir des contraintes sociales, économiques et idéologiques.

« Ainsi comme Diogène, et à sa suite, nous préconisons une autre pratique de la philosophie, de la poésie et de la politique, basée sur la provocation, la subversion, l’humour noir, le renversement de la conscience. Oui, notre philosophie aboie, urine et masturbe les dieux en public. Oui, notre philosophie est à côté des mendiants et provoque les puissants. Les artistes en action qu’évoque Jean-Luc Lupieri sont en guerre dans la poésie, dans la philosophie et la politique. Ils sont des artistes-philosophes concrets et des transgresseurs d’interdits. » Extrait de la préface de Serge Pey

Jean-Luc Lupieri